DE L’EAU à L’AUBE

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Sabine Cibert - Exposition Renaud - Lyon Forts de Vaise - Ecrits : de l'Eau à l'Aube

DE L’EAU à L’AUBE

Extrait de la publication de l’exposition Horizons sensibles à la Fondation Renaud 2025

De l’Eau à L’Aube

à propos d’Eau Vive 3
2016 – 2017
152 x 215 cm

Du lac d’Annecy de son enfance, à la fonte des glaciers dans le massif du Mont Blanc qu’elle contemple depuis son atelier alpin, Sabine Cibert convoque le paysage par de grandes compositions textiles, évocations contemporaines des tentures d’autrefois.

Chaque pièce réalisée à la main peut prendre deux ans pour voir le jour, chacune d’elles mesurant plusieurs mètres carrés. À partir de formes géométriques orthogonales – rectangles ou carrés – Sabine Cibert fabrique de larges compositions dynamiques et instables, dont le grand format, permet de bâtir des paysages en expansion, colorés et mouvants. L’usage du textile offre un choix infini de couleurs, ainsi qu’une grande variété de motifs portés par les armures. Naissent ainsi des images comme diffractées ; un écho qui se propagerait et viendrait rebondir en tout sens.

Inspirée par les recherches sur l’abstraction de Paul Klee ou de Karl Hermann Haupt, Sabine Cibert analyse, décortique et détourne le motif initial. Mais c’est également l’impression d’une nature violente et grandiose peuplée de montagnes, de glaciers, de ravins, de torrents qui l’inspire. Son travail peut être défini comme une abstraction sensible.

La série « Eau vive » (2014 – 2021) composée de quatre œuvres monumentales, elles-mêmes constituées de milliers de pièces textiles, de 3 ou 6 centimètres de côté,  marque un basculement dans le parcours de Sabine Cibert.

En réalisant la première pièce de la série, Sabine Cibert repère que l’envers, qui va bientôt disparaître dans l’assemblage des épaisseurs qui composent chacune de ses pièces, est d’une richesse plastique inouïe. Sur l’endroit les carrés se côtoient, mais sont nettement circonscrits dans leur périmètre, alors que sur l’envers ils fusionnent, leurs limites sont floues. C’est alors que naît l’envie de réaliser une œuvre montée « à l’envers » pour proposer une nouvelle lecture. L’assemblage devient apparent, la réalisation plus évidente, et l’impact optique est grandi. Eau Vive 3 offre désormais une épaisseur couplée à la profondeur de la composition colorée. Cette nouvelle dimension porte en elle une sensualité inédite comme si l’éther se superposait à la matière.

Cette série inaugure les recherches les plus récentes, dans lesquelles les effets atmosphériques sont primordiaux. Au-delà de l’évocation d’un paysage, les œuvres des séries « Dégel » (2021 – 2023) et « Aube » (à partir de 2023) donnent à voir ce qui ne s’appréhende pas : l’ombre, le souffle, le gel de l’eau, le lever du soleil. L’événement naturel qui modifie le paysage laisse la place au champ de la sensation. Dans la série « Aube » il ne s’agit plus de capter les vibrations sourdes et telluriques, les accidents furtifs qui produisent le désordre, mais de vivre le passage d’un état à l’autre, de capter l’instant furtif où le soleil perce la nuit. Cette série est également un tour de force technique, le camaïeu coloré laisse place à une multitude de variations de couleurs tout en maintenant une harmonie générale.

 

Thomas Leveugle

Commissaire d’exposition
Responsable de la programmation du Showroom Galerie 7

Exposition Horizons sensibles Fondation Renaud Lyon 2024 – France